VENUE DES PARSI EN CORSE


          Dans un premier temps les militaires parsi de l'armée arabo-musulmane étaient stationnés dans une région de l’actuelle Tunisie, ils servaient le Grand Emir de Kairouan. Les Grands Emirs de la dynastie Aghlabite qui se sont succedés ont entrepris la tentative de conquête de l'Italie. Les Parsi se sont illustrés dans les combats en Sicile, où à Balirmu (Parlerme) a été installé un Grand Emir de Sicile chargé de poursuivre les opérations militaires.
Les offensives aghlabites ont été régulières durant toute la dernière moitiée du IXème siècle et de nombreux territoires italiens ou proches sont passés sous le controle de Kairouan des decennies durant.

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Expansion politico-militaire Aghlabite durant le IXème siècle

Quand et dans quel contexte les Parsi Corses sont arrivés dans leur île d’adoption ?

La correspondance du Grand Emirat de Sicile, conservée à la bibliothèque de Fez, permet de répondre dans le détail à ces questions. Cette correspondance avait été par ailleurs traduite de l’Arabe en Toscan par Alfonso Airodli en 1789.

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Page extraite de la correspondance du Grand Emir de Sicile telle que la découverte Alfonso Airoldi

La partie la plus intéressante est sans nul doute la tentative de conquête de la Corse dont quelques extraits de correspondances livrent des informations très précieuses.
Tout commença par un projet décrit dans cette lettre :

Lettre de l'émir de Sardaigne adressée à l'émir de Sicile, le mardi 16 septembre 895

« J'informe sa Grandeur, que pour la nouvelle année je ferais partir les navires que je possède en Sardaigne pour les envoyer en Corse, et voir de quelles forces disposent ces gens, et si nous pouvons prendre possession de cette île, car si nous pouvons prendre cette île j'en informerai immédiatement sa grandeur, afin qu'elle m'envoie une bonne expédition de gens, comme cela s'est fait en Sardaigne, et ainsi nous nous rendrons maîtres de cette île. Quand cette île sera conquise par l'émir, que sa grandeur enverra avec l'armée, alors nous pourrons mutuellement nous aider. Parce que si la gente ennemie veut prendre la Sardaigne, elle ne pourra se réfugier en Corse, et si la gente ennemie veut prendre la Corse, elle ne pourra pas se réfugier en Sardaigne, et plus personne ne pourra nous faire partir de ces deux îles. Cela serait mon avis, bien sur sa grandeur, qui seule commande, ordonnera ce qu'elle jugera le mieux : Et pourtant il me semble que ce serait une très bonne chose. Avec mon front qui touche le sol, j'embrasse les mains de sa grandeur et je signe ainsi: Emir Safian Ben Kasagia, par la grâce de Dieu, serviteur de sa grandeur Alhasan Ben el Aabbas, Emir Chbir de Sicile.
Medina de Sardaigne le 22 du mois d'Asam l'an 282 de Mahomet.
 »

          L’émir de Sicile, à travers sa correspondance, a donné un avis favorable à ce projet et fourni les troupes nécessaires pour la constitution du corps expéditionnaire en Corse, dont les Parsi parmis ses troupes d’élite. C’est ainsi 15 000 hommes embarqués sur 70 navires qui firent route vers la Sardaigne et la Corse.
L’aventure étant incertaine il fut interdit aux militaires d’embarquer avec leurs familles, restées en Sicile, ce qui provoqua quelques remous dont l’émir de Sardaigne se fit l’écho.

Le 19 du mois d’Al Mouharram 284 (26/02/897), une lettre de Corse est portée à l’émir de Sardaigne, qui la fait suivre immédiatement à l’émir de Sicile. Cette lettre est un rapport circonstancié de plusieurs pages, dont voici des courts extraits :

« Alhasan Ben el Aabbas, par la grâce de Dieu, Emir Chbir de Sicile, l’émir Ibrahim ben Mustafa, avec son front qui touche le sol, embrasse les mains de sa grandeur, et l’informe que le 25 du mois de Chawwal 283 (05/12/896), je suis arrivé avec l’armée en Sardaigne. J’ai informé par lettre l’émir Safian Ben Kasagia que je demeurerais ici quelques jours, et le 2 du mois de Dhou Al-qi'da (11/12/896), je suis parti de Sardaigne avec toute l’armée et le 3 du même mois de Dhou Al-qi'da (12/12/896) je suis arrivé en Corse.
Après avoir débarqué avec tous les gens de l’armée, j’ai fait établir un campement. Le 4 du même mois de Dhou Al-qi'da (13/12/896), alors que nous cheminions vers la Medina (Capitale) de cette île, nous avons donné un grand assaut, qui s’est passé assez bien : Tous les gens qui n’ont pu s’enfuir ont été passé au fil de l’épée, à la réserve des femmes et des enfants. Nous nous sommes rendus mettre de cette Medina, 3 heures avant que le soleil ne se couche nous en étions les seigneurs. Le 5 du même mois de Dhou Al-qi'da (14/12/896) j’ai fait rassembler nos gens morts dans cet assaut, qui furent au nombre de Trois Cents Quarante Sept, et je les ais fait inhumés. J’ai fait aussi rassembler tous les gens de ce pays qui étaient morts, qui étaient au nombre de Cinq Cents Soixante et Onze :  je ne l’ai ais pas fait bruler, mais enterrer. (…)
J’ai demandé aux femmes ‘Pourquoi vos maris nous ont combattu ?’, elles m’ont répondu ‘Parce qu’ils avaient peur, que vous les eussiez tué, c’est pour cela qu’ils vous ont combattu’. Je leur ai dit :’Ecoutez braves femmes, je suis venu ici pour faire le bien et pas pour vous soumettre ; j’ai fait tuer ces gens parce qu’ils nous ont combattu, si ils ne nous avaient pas combattu, je les aurais traité comme des fils’. (…)

Ibrahim Ben Mustafa s’est ensuite employé à faire revenir les hommes fuyards dans leur cité, qui une fois avoir reconnu son autorité ont pu jouir normalement de l’usage de leurs biens. Le récit continu.

«  Le 13 jours du mois de Dhou Al-qi'da (22/12/896), j’ai fait venir devant moi certains des habitants de ce lieu et je leur ai dit ‘Ecoutez, hommes bons, je pense aller à la conquête des cités et maisonnées de l’intérieur de l’île’ (…) ‘Dites aux habitants de ces lieux qu’ils peuvent venir à la Medina et se présenter à leur nouveau souverain, lequel les accueillera avec affection, et fera quelques réjouissances avec eux’ (…)
Maintenant je vais leur envoyer dans chaque lieu un de mes hommes les gouverner, parce qu’ils ne sont pas habitués à avoir un gouverneur, et qu’il est nécessaire de les administrer avec prudence et douceur. Dans la Medina ou je me trouve, je réside dans un beau château, plus grand que celui dans lequel je vivais. (…)
Emir Ibrahim ben Mustafa, par la grâce de Dieu, serviteur de sa grandeur Alhasan Ben el Aabbas, Emir Chbir de Sicile. Medina de Korsica le 12 du mois ALmouharram 284 de Mahomet
 »

          Cette dernière lettre est capitale elle nous enseigne qu’un militaire Parsi est arrivé en Corse le Dimanche 12 décembre 896, qu’il a progressé vers l’intérieur de l’île durant la dernière semaine de l’année 896 et que depuis sa famille lui a survécu dans l’Ascu.
Fort de son succès, Ibrahim Ben Mustafa fut nommé émir de Korsica, quelques mois durant seulement, car sa Medina fut reprise par une armée chrétienne et beaucoup de ses hommes restèrent réfugiés dans les montagnes, jusqu’à aujourd’hui.

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Cavalier Aghlabite d'origine perse dans la vallée de l'Ascu (Décembre 896)

 

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